Acteurs du territoire : LIPS, des étudiants entrepreneurs soignent le lien entre générations


28 avril 2015
Acteurs du territoire : LIPS, des étudiants entrepreneurs soignent le lien entre générations
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Avec 30% de la population ne vivant pas dans leur région d’origine, les français sont particulièrement mobiles. Et à l’heure des nouvelles technologies, il n’a jamais été aussi facile de garder contact avec nos proches, malgré l’éloignement. Pourtant, les personnes âgées ont encore du mal à appréhender smartphones, tablettes et ordinateurs : ces machines compliquées qui les freinent, finalement, dans leur communication avec leurs familles.
Stevens Fried et Thibault Vinet, étudiants à L’ENSTA Bretagne (Brest), ont mis au point une solution pour rompre l’isolement des personnes âgées et/ou dépendantes : LIPS, une interface pour tablettes tactiles qui permettra à toute personne, même la moins technophile, de maîtriser les principales fonctionnalités de communication.

Aujourd’hui, Stevens nous présente ce projet qui a remporté le premier prix d’Innovation Technologique aux Entrepreneuriales de Quimper en mars dernier. Il est d’ailleurs le premier étudiant entrepreneur à nous rendre visite sur le blog !

Quel est le Pitch de LIPS ?
Lips est un environnement pour tablette tactile entièrement dédié et adapté aux personnes non technophiles. Et plus particulièrement aux personnes âgées.
Nous avons conçu cette interface qui permet toutes les formes de communication (e-mails, messageries instantanées, échanges de photos). Un tutoriel intégré permet une prise en main très facile et ergonomique pour permettre à tout le monde de bénéficier de l’usage des moyens de communication modernes.
Cela ne remplacera pas le système d’exploitation qui existe sur les tablettes tactiles. C’est un environnement : un maquillage qui simplifiera l’apparence et l’accès aux fonctionnalités.
L’interface sera destinée aux familles et aux personnes âgées. Mais aussi aux établissements qui accueillent les seniors pour leur permettre de diffuser de l’information.

Nous avons fait un constat : la population vieillit et les personnes âgées ont du mal à utiliser les nouvelles technologies. Or, la population française est très mobile : 30% des français ne vivent plus dans leur région d’origine. Il y a donc un réel besoin d’établir et de maintenir un lien de communication. Notamment pour les personnes âgées, lorsqu’elles vivent éloignées de leur famille.
Les plus jeunes et les adultes sont connectés : smartphones, tablettes, Internet. Mais leurs grands-parents ont encore du mal à utiliser ces appareils. Moins de la moitié des plus de 65 ans ont Internet chez eux, par exemple.
Nous souhaitons rendre service à ces gens  et connecter les familles et les personnes âgées entre elles.

Quelle vision/valeur importantes pour toi ce projet véhicule-t-il ?
Nous souhaitons rompre l’isolement des personnes âgées dû à l’éloignement des familles ou à la perte d’autonomie.
Lips est un outil de communication, mais aussi de stimulation : simple, ergonomique et intuitif, il regroupe toutes les formes de communication possibles. Il est conçu de manière à proposer une interface très simplifiée.
Aujourd’hui, beaucoup d’usagers avouent n’utiliser qu’une infime partie des fonctions de leur tablette tactile ou de leur smartphone.
Avec Lips nous regroupons l’essentiel des outils dont une personne  a besoin pour communiquer. En leur donnant une apparence et un accès très simples, de manière à ce que l’usage soit le plus intuitif possible.

Comment l’idée de Lips est-elle née ?
Nous sommes deux à porter le projet : Thibault Vinet et moi.
La grand-mère de Thibault vit en maison de retraite dans le Nord de la Bretagne alors que toute sa famille vit en Ile-de-France. Et ils n’ont que de rares occasions de se réunir.
C’est de là qu’est venue l’idée de concevoir un outil de communication qui soit facile d’accès pour sa grand-mère : ils l’ont incitée à utiliser une tablette tactile, un ordinateur. Mais cela n’a pas fonctionné.
Toutefois, la tablette tactile fait moins peur aux personnes âgées que l’ordinateur : c’est juste un écran, sans clavier, ni branchements et boutons.
De mon côté, c’est ma mère qui m’a suggéré de travailler sur cette idée. Elle a une cinquantaine d’années mais n’est pas du tout technophile. Et pour quelqu’un qui n’a pas cette sensibilité, ça peut vite devenir compliqué de prendre en main un ordinateur ou une tablette. Pourtant, ce sont des solutions idéales pour communiquer avec la famille.
Du coup, nous avons pensé que créer une interface d’utilisation de tablette extrêmement simplifiée serait une solution efficace pour ces personnes qui ont du mal à se familiariser avec ces outils mais qui ont envie et besoin de les utiliser pour communiquer.

Quelle équipe se cache derrière Lips ?
Outre Thibault et moi, l’équipe s’est renforcée suite à notre prise de contact avec l’ISEN à Brest et à notre participation au Start Up Weekend de Brest en janvier 2015.
Nous avons accueilli cinq étudiants de l’ISEN, qui nous accompagnent pour le développement informatique : Esmé JAMES, Yohann VINEZ, Rénald MORICE, David DELEMOTTE et Thomas COUSSOT.

Quel est votre agenda pour les prochaines semaines ?
Les étudiants l’ISEN travaillent avec nous jusqu’en juin. Donc nous avons pour objectif d’avancer au maximum d’ici là. Nous cherchons un stagiaire qui pourra ensuite prendre le relais et développer l’interface même de l’environnement tablette.
Nous avançons également sur les interfaces web qui serviront pour la diffusion d’informations vers les personnes âgées, ainsi que l’interface dédiée aux familles.
Le site web est en cours de création.
Nous démarchons également les structures d’aide à la personne et EHPAD*, afin de nous constituer un réseau.
Je suis en train de me renseigner auprès de l’ENSTA, mon école, pour savoir s’il est possible de débloquer des fonds auprès de l’incubateur, pour financer le stagiaire.
Pour les prochains mois, nous voulons développer une interface viable que nous pourrons présenter aux structures d’accueil et d’aide à la personne, ainsi qu’aux familles : ils seront nos early adopters et leurs feedbacks nous seront précieux pour améliorer l’interface.
La version beta est prévue pour septembre 2015, dans l’idéal.

Quel recours avez-vous pour vous développer et trouver des aides ?
Actuellement nous sommes en projet de fin d’études. Et nous développons Lips en parallèle. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour les concours de start up.
En revanche, nous déposons autant de dossiers que possible. Pour des concours tels que PEPITE, les Entrepreneuriales (où nous avons remporté le premier prix d’innovation technologique). Ça nous permet aussi de rencontrer des spécialistes et de développer le projet au maximum.

Auriez-vous pu faire de Lips votre projet de fin d’études (PFE)?
C’est compliqué de faire un PFE sur une création d’entreprise : parce qu’il faut être sûr de lancer l’entreprise à la fin.
De plus,
si nous sortons de l’école sans aucune expérience en entreprise, ni emploi, ni revenu, c’est très compliqué.
Lancer sa boîte, ça veut dire que nous n’avons droit à aucune aide, ni bourse pour monter le projet. Donc nous voulons sécuriser notre avenir, en parallèle du développement de Lips.

En quoi est-ce particulier de se lancer dans l’aventure start up tout en étant étudiant ?
Je pense que c’est plus simple quand on est étudiant. On a moins d’attaches que ceux qui ont déjà une vie professionnelle.
Si nous nous lançons en étant étudiants ou tout de suite à la fin de nos études, nous n’acquérons pas l’expérience en entreprise, c’est vrai.
Mais du coup, nous pouvons développer notre projet dans notre coin en étant un peu plus libres de nos mouvements. Nous n’avons pas une hiérarchie qui nous pose des impératifs.
Et nous avons la chance, à l’ENSTA, d’avoir un incubateur. Cela signifie des locaux, une connexion Internet, une bibliothèque, des chercheurs et professionnels qualifiés qui peuvent nous aider. Et le tout gratuitement pendant un an.
C’est vraiment l’un des avantages à être étudiant.
Et le nouveau statut d’étudiant entrepreneur nous permet de garder les avantages d’étudiants tout en ayant accès à des structures grâce auxquelles nous pouvons développer notre projet.
J’ai l’impression qu’on est mieux encadrés en tant qu’étudiants. Même si je ne peux pas comparer avec ceux qui ne sont pas étudiants…

Que diriez-vous à un étudiant qui hésite à se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Il y a des avantages et des inconvénients.
Il y a quelques mois encore, on m’aurait dit « tu vas porter un projet et ce projet va probablement aboutir à une start up», je n’y aurais pas cru.
J’aurais pensé créer mon entreprise dans une dizaine d’années. Pour amasser de l’expérience. Ne serait-ce que pour voir comment ça se passe en entreprise. Mettre de l’argent de côté, faire murir mon idée.
En général, quand un étudiant a une idée, il ne s’attend pas vraiment à ce qu’elle devienne une entreprise.
Pour nous c’était pareil.
Et puis nous avons commencé à parler du projet aux hôpitaux, aux EHPAD, et ils nous ont dit que l’idée était géniale. Ils nous ont dit de la développer, nous ont proposé de nous aider à trouver des financements, nous ont invité à le tester chez eux. Nous nous sommes laissés porter par la vague des professionnels qui se sont enthousiasmés pour notre idée. Nous avons constaté que nous pouvions être aidés et soutenus. Que nous pouvions développer des partenariats.
Alors je dirais que c’est possible de se lancer. Et il est très important de savoir s’entourer !

Pour retrouver Lips sur le web : 

* EHPAD : Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes

* Photo de Une, source ©Entrepreneuriales 2015.

De gauche à droite, Thibault VINET (ENSTA Bretagne), Gilles DAVID (IAE Brest), Stevens FRIED (ENSTA Bretagne) et Sabine KLEIN, leur coach Entrepreneuriales.​